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Friday, December 4, 2020

Arnaud Lacheret : « Dans le Golfe, l’émancipation des femmes est un processus contagieux »

Arnaud Lacheret dirige un MBA de l’Essec à l’Arabian Gulf University, à Manama, la capitale du royaume de Bahreïn. Dans ce cadre, ce non-spécialiste du monde arabe a rencontré des femmes originaires du Golfe, venues se former pour devenir cadres et manageuses dans le secteur privé. Ses longs entretiens avec elles ont donné naissance à un ouvrage publié en novembre : La femme est l’avenir du Golfe. Ce que la modernité arabe dit de nous (Le Bord de l’eau, 160 pages, 18 euros).

En tant que professeur occidental, a-t-il été facile de mener des entretiens avec des femmes du Golfe ?

Au début, j’avais mis un peu de distance avec mes étudiantes, mais, au fur et à mesure, elles sont venues vers moi. Au bout de quelques semaines, j’ai proposé à une élève saoudienne qui travaille chez Aramco [compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures] d’avoir une conversation plus structurée et enregistrée. Elle a accepté. J’ai poursuivi avec des membres du personnel féminin de l’université où j’enseigne. En six mois, j’avais constitué un panel d’une vingtaine de femmes, dont j’ai modifié les noms pour des raisons de sécurité. Celles qui ont participé n’avaient pas demandé l’autorisation à leur famille ou à leur conjoint. Le groupe est composé d’étudiantes âgées de 30 à 50 ans, déjà dans la vie active. Il compte 25 % de Koweïtiennes, 25 % de Bahreïnies et 40 % de Saoudiennes, les 10 % d’Emiraties font partie du personnel d’encadrement. Il n’y a pas de Qataries, d’abord parce que celles-ci ne peuvent pas étudier à Bahreïn à cause des tensions politiques et qu’elles préfèrent se former aux Etats-Unis ou en Europe, ensuite parce que leur niveau de vie, plus élevé, ne les oblige pas à travailler.

De quel milieu sont issues les femmes que vous avez interviewées ?

La plupart viennent de la classe moyenne supérieure. A Bahreïn, en Arabie saoudite ou à Oman, les nationaux sont majoritaires – c’est moins le cas au Koweït. Dans ces pays, les réformes menées ces cinq dernières années ont ouvert le marché du travail aux femmes, qui faisaient déjà des études mais n’avaient pas le droit de travailler en dehors des secteurs de la santé et de l’enseignement. Elles vont donc à l’université pour entrer dans l’entreprise et y grimper les échelons. Elles se retrouvent à diriger des hommes qu’elles n’avaient pas le droit de croiser dans la rue, il y a à peine trois ans.

Une étudiante de la Bahrain Bayan School, une école mixte et bilingue arabe-anglais, recevant son diplôme, le 10 juin 2020. à Manama.

Quelles sont vos principales découvertes ?

La première, c’est que l’islam est loin d’être un pilier immuable et central de la société. J’observe plutôt un « islam du choix », qu’on façonne soi-même et qu’on symbolise de plus en plus. Ainsi, la polygamie est sacrée, elle fait partie du corpus de la religion, donc on ne la remet pas en cause, mais on peut choisir de ne pas l’appliquer. Autre exemple, l’université m’a demandé de ne pas interrompre les cours aux heures de la prière, tout en conservant la sonnerie qui les annonce. Aussi, concernant le mariage : des jeunes se fréquentaient sans être mariés, ce qui était impensable il y a peu. Lorsque leurs parents l’ont découvert, ils ont choisi de suivre la démarche traditionnelle de demande en mariage, au lieu de les cloîtrer chez eux, et tout est rentré dans l’ordre.

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